dimanche 28 décembre 2008

Du hooliganisme au Japon



Les Japonais vont au stade en famille. Le prix relativement bas des places permet à la famille nucléaire monoparentale japonaise d'essaimer aux quatre coins du stade. Si le club est basé à Tokyo, vous verrez également un nombre impressionant de charmantes demoiselles en minijupe; impensable en Europe, où les femmes et épouses du ballon rond sont généralement des quinquagénaires moustachues. Lors d’un match du FC Tokyo, la foule, bien que formée d'éléments trés disparates, paraît uniforme. Celle-ci rugit, vrombit et chante, en formant une cadence répétée et automatique qui rappelle les défilés nord-coréen. En Europe, bien que l'assistance soit hétérogène (jeunes hommes avinés entre vingt et trente ans pour la plupart), celle-ci paraît bien moins disciplinée. Il est vrai que les Japonais aiment le groupe; et un Japonais ressemblera toujours à un autre Japonais me direz-vous. Le Japonais adule les stars du ballon rond et veut ressembler à l'homme banal dans les tribunes. L'homme banal se trouve au sommet de la chaîne alimentaire japonaise. L'homme banal a la meilleure assurance vie: pas de honte, pas de colère, pas d'amour: il n'évolue pas, mais vit bien, seul, niché au sein de la mutlitude. Le supporteur japonais siffle peu; il suit l'action et entonne les mêmes chants pendant quatre-vingts-dix minutes.

Le match continue. De jeunes vendeurs de bières arpentent les tribunes. Le Japon figure certainement en première place au palmarès des pays du confort consumériste, et cette seule pensée m'est absolument délicieuse.

Bien que le niveau de la Ligue japonaise (J-League) soit relativement moyen, elle attire un public considérable et remplit des colisées gigantesques à chaque match. Le football est essentiellement un hobby familial.

Cependant, les fans de certains clubs périphériques (banlieue de Tokyo, à savoir les préfectures de Kanagawa et de Saitama et de quelques autres patelins un peu plus lointain, comme Kashiwa et Osaka) se montrent un peu moins courtois que leurs soi-disant rivaux tokyoïtes. Certains éléments ont tendance à la jouer européenne et souhaitent importer les côtés vils du ballon rond et les généraliser à l'échelle du pays, en créant de toutes pièces de derbys et des rivalités qui n'ont pas lieu d'être.

De passage à Yokohama, j'ai passé une soirée dans un bar dédié aux Marinos (le club phare de la ville). Après avoir visionné les plus grands moments du club, à l'époque où les matchs se donnaient au Stade Mizusawa (les Marinos évoluent aujourd'hui dans le Stade Nissan, qui est la plus grande enceinte du Japon), le patron me propose un ticket pour le prochain derby de la préfecture de Kanagawa qui se donnera au Stade Olympique(国立競技場, kokuritsu kyougijou): Yokohama F. Marinos VS Kawasaki Frontale.

Nous nous rencontrons un semaine plus tard. Après quelques bières plutôt matinales, il me raconte comment les forces de l'ordre ont décimé les rangs des ultras des Marinos. La rivalité entre le Yokohama FC et le Yokohama F. Marinos a apparemment fait rage dans les années quatre-vingts-dix et a du même coup suscité les craintes des autorités, qui depuis quelques années ne tolèrent plus aucun débordement. Un petit majeur en l'air, et toute une troupe de stadier se pointe pour vous en parler.

La J-League, en tant que ligue professionelle, a été fondée il y a une quinzaine d'années. Il est impossible de comprendre comment sont nées ces rivalités. Le baseball ameute bien plus de fans sur l'ensemble du pays et les actes de hooliganisme se limitent à quelques papiers gras jetés avec nonchalance dans les toilettes du stade. Comment se fait-il que le football japonais se dirige à la vitesse de la lumière vers son inexorable destin, fait de violence et de combats de coqs? Génération spontanée? Imitation de l'Occident dans ses moindres détails? Ou est-ce que le football génère automatiquement des sentiments belliqueux à l'égard d'autrui? Le public tokyoïte n'a rien à se reprocher, si ce n'est leur attitude un peu "passe-partout": ces fans hululeraient de la même manière pour du baseball, du curling ou une partie d'échec. Les fans de Saitama, de Kanagawa et d'Osaka hululent de la même manière, même si certains de leurs membres cherchent désespérément de nouveaux ennemis. Cependant il convient de relativiser le phénomène: l'animosité que se vouent les membres de certains fan-clubs est l'apanage d'un nombre très restreint de supporteurs. Les fans japonais peuvent aisemment donner des leçon de courtoisie aux supporteurs européens. Ceux-ci, en échange, se feront certainement un malin plaisir à leur enseigner quelques leçons d'allégresse.

vendredi 26 décembre 2008

Mystique culinaire et fétichisme gastronomique au Japon 2


Voici Taka-Ichi. Vous y trouverez de la potée d'ours, de la potée de sanglier, du sashimi de cerf, de la baleine frite et bien d'autres curiosités.

mardi 23 décembre 2008

Jeunes nazies parfumées - De la croix gammée au Japon




Les Japonais distinguent le fond de la forme. Il y a quelques années, il n'était pas rare de croiser quelques jeunes donzelles afublées d'un uniforme SS. J'ai même vu, avec stupéfaction, un une mignonne adolescente parfumée, vêtue d'une blouse blanche, flanquée d'un stéthoscope, d'un attaché-case noir et d'un brassard à croix gammée. A cette époque, le style nazi chic faisait fureur chez les cosplayers. En voyage dans le Tohoku (東北, les Alpes japonaises), j'ai aperçu un énorme étendard nazi dans une boutique de seconde main, flottant avec nonchalance au dessus d'un rayon de chemises hawaïennes.

Les Occidentaux choisiraient volontiers la croix gammée comme symbole du mal absolu. Au Japon, les petites Eva Braun déambulent tranquillements dans les gares de la capitale. Elles se retrouvent au pont de Harajuku, point G du cosplay et des jouissances gothiques. La croix gammée n'a certainement pas de connotation raciste au Japon; non parce que la Swastika (croix gammée à rebours) est un symbole bouddhiste très courant dans l'Archipel, mais bien parce que les Japonais (les jeunes en particulier) n'ont absolument aucune connaissance solide de l'histoire du vingtième siècle. Ils n'ont, par exemple, qu'une vague idée des crimes commis par leurs grand-parents. Ils ne savent pas qui était le grand méchant loup. Pour ces jeunes Japonais, la croix gammée fait l'objet d'une approximation: la guerre c'est mal, mais les, eux, avaient de la gueule.

Récemment, je n'ai plus vu d'uniforme de la Wehrmacht ni de casque à boulons. En revanche, la croix gammée a intégré le panthéon des symboles "occidentaux", cher aux fanatiques du métal japonais. Des croix gammées figurent sur des sacs à mains, des brassards ou des portemonnaies à l'usage des boutonneux épris de musique gothique. Ces jeunes arborent des symboles nazis, comme beaucoup d'autres Japonais portent un collier à croix chrétienne: en toute innocence; il ne s'agit que de symboles importés qui n'ont aucun pouvoir sur cette île. Il n'est d'ailleurs pas rare de voir ces deux symboles associés; ils représentent, non pas l'Occident, mais l'Europe d'antan: sombre, orageuse, désenchantée, romantique.

La garde-robe de ces jeunes gens se limite certainement à un uniforme de lycéen et un uniforme de nazi décadent.

dimanche 21 décembre 2008

Espace de relaxation japonais - Clapier pornographiqe

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L'archipel oublié des Kouriles


L'Alsace est retourné ad eternam dans le giron français. Les Allemands ne peuplent plus les Sudètes. L'Europe a tourné la page des querelles territoriales. Il faudrait plus qu'un monceau de terre pour qu'un Européen fasse couler du sang européen en Europe. En revanche, les pays d'Asie du nord-est n'ont toujours pas réglé leurs comptes. Le nationalisme revanchard et enfantin des peuples qui y habitent a fait de cette région une poudrière dont personne ne parle. Les Îles Kouriles forment un exception. Hormis quelques échauffourées en face de l'Ambassade de Russie au Japon, ce conflit territorial ne fera pas couler de sang. Bien plus qu'une revendication de principe, ces quelques îlot n'attisent plus de sentiments nationalistes liés à l'intégrité territoriale de la nation japonaise; les eaux glaciales de la mer d'Okhotsk et les tonnes de poisson frais qui y frétillent forment le véritable motif des griefs nippons.

Ce panneau se trouve en face de la gare principale de Tokyo. Personne n'y prête attention; ce placard désuet illustre bien les revendications de principe de quelques diplomates vieillissants et gominés à propos des Îles Kouriles: un panneau délavé, représentant le nord du Japon, avec en filigrane un soleil levant et l'inscription suivante: "Îles Kouriles, le jour du retour (sera) un jour de paix". Comme toujours, les politiciens et diplomates japonais revendiquent des territoires étrangers en évoquant, en vrac, la paix dans le monde, la cause humanitaire et la co-prospérité.

Mystique culinaire et fétichisme gastronomique au Japon 1








Pour beaucoup d'Européens, la gastronomie japonaise se limite aux produits de la mer. C'est à croire que les Japonais, au cours de leur 1400 ans d'existence, ont exploré les fonds marins à la recherche de tout ce qui est comestible: bien evidemment poisson, algues, coquilles St. Jacques, crabes, mais aussi tarako (鱈子, oeufs de colin), oeufs de pieuvres, namako (海鼠, ou bêche de mer) et bien d'autres invertébrés aux tentacules visqueux.

La viande de baleine constitue un entorse flagrante au concept de tradition gastronomique. La chasse au cétacé n'est pas une tradition. Ce pan de la gastronomie japonaise est né dans la préfecture de Kōchi (高知), sur l'île de Shikoku (四国) et s'est généralisé dans les années soixante. A cette époque, la plupart des cantines scolaires servaient de la baleine; celle-ci coûtait moins cher que la viande de poulet. Aujourd'hui, quelques resraurants seulement servent l'objet du délit, acquis de haute lutte sous les huées de la communauté internationale et les lacrymogène de Sea Shepherd(http://www.seashepherd.org/).

Qui a raison? Qui est le plus ridicule? L'Occidental, amoureux candide et éploré d'un cétacé qu'il ne verra jamais? Ou le gastronome japonaise, pret à déclarer la guerre au monde pour satisfaire son petit estomac enfoui dans son petit corps?

Le Japonais se voit comme un coitoyen de l'unique superpuissance gastronomique, ce qui lui donne le droit de traverser les Océans, de braver la marine australienne et l'armée de l'air néo-zélandaise et de foncer jusqu'en Antarctique afin de pécher un millier de rorquals a museau pointu.

Mais nous n'écouterons pas les arguments des uns et des autres, car ils sont bien moins fascinants que les borborygmes des gourmets japonais. Les Japonais ont un rapport intense avec la nourriture. Ils en parlent tout le temps; enclenchez votre téléviseur et vous verrez que plus de la moitié des programmes sont consacrés à la bouffe sous tous ses angles, avec plans pornographiques sur les sauces et mises en scène dynamique des cuistots en train de mettre en pièce un énorme quart de thon gras. De par cet amour irrationel, la grande majorité des Japonais se voient comme des gourmets (グルメ, gurume). Un gourmet, en français, est un puriste des arts de la table qui trouve son bonheur dans la haute cuisine; on lui confère parfois un caractère snob et arrogant. Un gurume est une sorte d'aspirateur à bouffe capable d'ingérer du Wendy's et des sashimi et d'en tirer un plaisir à peu près égal. Le gurume est également un grand buveur.

Cependant, il existe chez les gurume une frange extrémiste, qui éprouve un plaisir supérieur à manger des choses rares et chères. Ce gurume est d'un genre particulier: au delà du goût, il lui faut de la manger introuvable dans des restaurants discrets. Il est le premier consommateur de viande de baleine et parle de tradition après chaque repas.

Cependant, la viande de baleine n'est pas introuvable, loin de là. Kujira-Ya (くじら屋, littéralement Restaurant de Baleine) se trouve dans le quartier très fréquenté de Shibuya: l'enseigne est gigantesque, le chef connu; la clientèle se bouscule et des touristes étrangers s' rendent également afin de déguster le mets interdit.

Bien que la viande de baleine ne soit plus aussi populaire que dans le années soixante, on en trouve facilement, à un prix raisonnable. D'autres mets ont attiré mon attention. Le gurume connait d'autres adresses, qu'il va bien souvent garder pour lui.


Taka-Ichi, le cabinet curiosités

Un lieu anodin, une façade terne et sans charme; Taka-Ichi n'attire pas forcément le regard. De nombreux izakaya (居酒屋, qui est l'équivalent plus ou moins élaboré des brasseries en France) arborent fièrement un aquiarium en guise de devanture. ABC soumet deux aquarium à la curiosité du pubic, ce qui est remarquable. L'enseigne monochrome n'a rien de particulier; cependant, nous pouvons y lire: クマナベ, イノシシナベ, シカさし (kuma nabe, inoshishi nabe, shikasashi: nabe d'ours, nabe de sanglier, sashimi de cerf).

Nous entrons. Les murs sont couverts d'aquarium. Des créatures extraordinaires y nagent lentement, prêtes au sacrifice. L'endroit est miniscule, vieux, étange; les serveurs, au nombre de huit, prennent beaucoup de place. L'aspect le plus terrifiant de cette échoppe: les prix ne sont pas indiqués. Voilà nous y sommes: nous pénétrons dans l'antre du gurume extrémiste. Les assiettes rares et grotesques défilent autour de nous; les clients se délèctent de sashimi de crevettes impériales, de potée d'ours, de baleine frite, de baleine crue, de sashimi de cheval, de sashimi de cerf, le tout arrosé de litres de bières. Des animaux à peine dépecés gigotent dans quelques assiettes.
Nous commandons un calamar. Le serveur passe la commande au cuisinier; ce dernier, juché sur un escabot et armé d'une grande épuisette, attrappe un beau spécimen et l'émince en une vingtaine de seconde. Le plat nous est servi humblement, dans la plus pure tradition. Je saisis un tentacule et le trempe dans la sauce soja. Le membre sanctionné remue; ma mâchoire lui donnera le coup de coup de grâce. La sauce soja semble avoir un effet ravageur sur les calamars démembrés. En jetant quelques gouttes de ce liquide noir sur notre assiette, la tête du mollusque est presque parvenue à s'échapper de notre assiette, en un sursaut de désespoir.

L'addition est salée, mais nous avons découvert un repaire de la tambouille rare et chère. Le goût n'a finalement aucune importance dans cette échoppe. La carte et le côté délabré du lieu donnent satisfaction aux clients. Plus qu'un restaurant, il 'agit d'un cabinet de curiosité, dont les visiteurs sont des fétichistes, qui aiment braver des interdits culinaires et qui aiment, par dessus tout, la clandestinité et le secret.